TECHNIQUES

Introduction au Travail du leurre

     La loi du nombre

    On s'accorde à dire qu'il faut un minimum de 20 lancers d'un même type de leurre, avec le même coloris, avant d'en changer devant l'absence de résultat.

Dans chaque gamme de produits, il faut donc disposer d'au moins trois coloris différents. Ce qui nous fait: 20 lancers x 3 leurres = 60 lancers avant d'en changer au profit d'un modèle ayant une action différente. On comprend l'intérêt de pêcher avec beaucoup d'amis afin d'utiliser chacun des modèles ou des coloris différents.

  

    Mouvement vif, coloré et bruyant

    Un leurre est un ensemble de signaux sonores (sous forme d'ondes vibratoires) et d'éléments visuels (sous forme de couleurs). À noter qu'à ces signaux, un stimulus olfactif peut venir s'ajouter, mais c'est plus rare.

    S'il fallait donner une définition simplifiée d'un leurre vu et entendu par un prédateur, on pourrait dire qu'il s'agit d'un mouvement vif, coloré et bruyant ! En effet à notre connaissance, il n'existe pas de leurre qui soit prenant tout en restant immobile. Ainsi, les poissons-nageurs de type "suspending", c'est à dire qui restent en suspension à l'arrêt, ondulent dans le courant et leurs billes bruiteuses tintent et créent des ondes qui sont perçues par les carnassiers en maraude, même dans le plus léger mouvement de roulis.

    Les carnassiers sont pourvus d'organes élaborés de perception. Si un leurre répond à la norme maximale de signaux convenus - autrement dit, s'il possède les caractéristiques d'une proie coutumière: coloris, taille, comportement et allure générale (profil et nage, même sophistiquée) - il a de fortes chances d'être attaqué.

   Un leurre est un ensemble de " signaux " sonores et visuels capables d'attirer les poissons.

    À l'inverse, sans ces normes minimales, il sera ignoré à 99%, le reste n'étant qu'attaques de (rares) poissons qui sautent sur n'importe quoi. . . chez eux aussi, il y a des fondus !

 

    Même avec un leurre plus vrai que nature, il existe d'autres causes de refus: par exemple, la cassure d'un rythme de récupération, une vitesse excessive ou trop lente, un arrêt trop prolongé, un saut du leurre hors de l'eau, un travail inadapté ou approximatif, une récupération désordonnée, etc. Le comportement d'un leurre dans l'eau est donc aussi important que son " aspect " général.

    Ainsi, un leurre hyperréaliste mais mal travaillé prendra moins de poissons qu'un " bidule " grossier mais ramené de main de maître. La pêche aux leurres, c'est en définitive plus l'art que la matière !

     Pour comprendre l'importance de ces signaux, prenons la forme la plus élaborée de leurre, le poisson-nageur à bavette. Réussi, il sera perçu par les organes sensoriels du prédateur. Ses yeux repéreront le signal " forme " ou " silhouette " (allure globale d'un poisson), le signal " ouies " ou " sang " (taches rouges sous la gorge), le signal " dos " (coloris foncé), le signal " ligne latérale " (séparant le dos du ventre), le signal " ventre " (coloris clair), le signal " cible " (taches noires ou rouges à l'arrière du leurre) et éventuellement le signal " queue " (houppe de plumes sur l'hameçon arrière)...Voilà un bel éventail de signaux exclusivement visuels.

    Lors du maniement, l'ensemble du corps du poisson-nageur, y compris la bavette, provoquera des signaux basses fréquences perçus par la ligne latérale du carnassier, alors que les billes internes provoqueront des ondes hautes fréquences qui seront captées, quant à elles, par l'oreille interne du prédateur. Ceci explique pourquoi les leurres à billes et à grande bavette sont plus efficaces en eau trouble ou en pêche de nuit.

    On peut étendre la zone de perception des fréquences, suivant la réceptivité des poissons, jusqu'à une cinquantaine de mètres.

    L'éveil de l'agressivité de certains poissons, et du bar en particulier, se déclenche lors de fortes " émissions " de basses et hautes fréquences. On remarque que même gavé, un poisson attaquera un leurre bruyant ou manié énergiquement.

    En plus de ces signaux, d'autres éléments sont pris en considération par les concepteurs de leurres. En effet, ce n'est pas un hasard si des formes simplifiées, ressemblant peu ou prou à des proies potentielles, sont attaquées par des carnassiers réputés pour leur méfiance. Parmi ces paramètres, deux sont primordiaux, qu'ils soient associés ou indépendants: la forme du corps, qui engendre des ondes vibratoires, et l'élément fixe (bavette ou biseau) ou amovible (palette ou hélice), qui vibre aussi.

    Depuis plus d'un siècle, les pêcheurs et les fabricants cogitent sur le sujet et créent des leurres simples ou élaborés, mais tous répondent au même souhait: faire prendre du poisson. Les premiers prototypes étaient issus d'observations, de constatations et de réflexions faites en visualisant le comportement des poissons de chasse face à leurs proies.

 C'est ainsi que les premiers leurres mis sur le marché reprenaient les formes globales de proies fuyantes (anguillons, cuillères ondulantes ou à palette, poissons-nageurs à bavette en bois ou en plastique) ou blessées (poppers, Pencil baits et Pencil poppers). De tout temps, les leurres ont été classés en deux catégories suivant les aspirations de leurs concepteurs:

    - les copies conformes qui imitent les proies potentielles et qui se présentent aux yeux des carnassiers comme un apport de nourriture;

    - les copies de conception approximative, qui reprennent les mêmes paramètres de comportement, tout en étant dotées du maximum de signaux, certains étant d'ailleurs volontairement exagérés (coloris outranciers, bavettes ou hélices démesurées, multiplication des logements acoustiques pour les billes bruiteuses, etc.). Avec ce type de leurres, les carnassiers ont alors une double motivation d'attaque: la faim, d'abord, I'agacement, sans doute ensuite.

  

    Un large choix de coloris, tailles et poids

    Bien pensés, les leurres n'ont pas réellement subi de transformations importantes depuis des décennies, les seules modifications notables se situant surtout au niveau de l'élargissement des gammes de coloris, des tailles et des poids.

Cependant, on assiste régulièrement à l'émergence de nouveaux produits, les plus intéressants parmi les derniers en date étant les leurres souples naturels ou " aromatisés " et les leurres avec, ou sans bavette, équipés de billes (en verre ou en acier) remplissant deux fonctions: bruitage et positionnement du leurre au lancer et en nage.

 Pour de nombreuses raisons (rentabilité des machines-outils et des moules, coûts de main d'œuvre, difficulté à trouver des leurres de conceptions radicalement différentes, changement très lent de mentalité des revendeurs et des pêcheurs, etc.), l'évolution est lente. Vraisemblablement, il s'agit là d'un choix délibéré de la part des fabricants pour éviter la saturation du marché.

    Les pêcheurs qui souhaitent changer régulièrement de produits ont toujours la possibilité d'utiliser des modèles ayant des nages différentes ou des maniements particuliers que n'ont pas leurs produits habituels.

    Même à supposer que les prédateurs ne s'éduquent pas, on remarque que les leurres ont des "rendements " irréguliers, même d'un jour à l'autre sur un secteur donné. Les avis divergent sur le sujet: densité variable des poissons sur une zone, préférences pour des proies originales, méfiance des poissons déjà piqués par des hameçons, tailles des proies en présence non conformes avec celles des leurres employés, facteurs atmosphériques influents sur l'état de la mer, etc.

 Dans ces conditions, le pêcheur n'a pas d'autres alternatives que de changer assez souvent de leurres jusqu'au jour où il trouvera celui, ou ceux qui conviennent: ce phénomène peut se produire au cours d'une même partie de pêche; tout est fonction des hauteurs d'eau où chassent les prédateurs recherchés: en surface, à mi-eau ou sur le fond.

 

     Posséder beaucoup de leurres est un avantage

    Pour l'instant, ni les leurres souples parfumés, ni les leurres à structures n'ont convaincu les pêcheurs en mer français. Comme il y a environ une vingtaine d'année de décalage entre un engouement en Amérique et une réelle tendance en France, ce n'est pas avant 2010 qu'on devrait voir apparaître chez nous les premiers Spinnerbaits et Buzzerbaits pour le bar et poissons de mi-eau, et les premiers jigs pour les lieus et autres poissons de fond !

    Avoir un choix de leurres de formes et de tailles différentes, travaillant différemment ou à des profondeurs variées, est souvent la clé du succès.

Aussi, même avec le meilleur produit manufacturé qui soit, il est indispensable de cogiter afin de voir si l'on ne peut pas lui apporter des modifications susceptibles d'accroître son pouvoir attractif: par exemple, en augmentant les signaux d'attaque, en le couplant avec d'autres familles de leurres, en lui donnant une nage plus serrée, plus ou moins profonde, même plus désorganisée, en revoyant ses coloris, etc.

 N'hésitez pas à utiliser des leurres qui paraissent trop volumineux.

A l'inverse, si vous remarquez que les proies sur un secteur sont minuscules, ne craignez pas de pêcher avec des minileurres.

Pour mémoire, un bar de 2 ou 3 kg peut engloutir un poisson faisant 20 cm de long et se régaler d'un alevin ou d'une crevette de 2 ou 3 cm. L'utilisation de très petits leurres a aussi son revers de médaille: la prise de prédateurs ne faisant pas la taille légale de capture... beaucoup de pêcheurs au lancer semblent encore l'ignorer.

Les notes ci-dessus sont extraites du Magazine :

  • la PÊCHE en MER ,
  • Éditions LARIVIÈRE

 

 

Précédente Suivante